Rencontrée lors du festival de création audiovisuelle Mix'O-Matos de Poitiers, l'association poitevine Les Films de la Lymphe réunit une équipe de jeunes vidéastes autour d'un projet ambitieux : Un cycle de 5 courts métrages baptisé Digital Vampires. Un DVD présentant leurs premières réalisations révèle déjà un savoir-faire prometteur notamment sur les deux premiers volets du cycle, Yersinia et Amor & Kalys. Rencontre avec 3 agents de la Lymphe : Julien Decaillon, Benoît Decaillon et Jérémy Marnotte...
Propos recueillis par Miko (miko@hallucinez.com)

Benoît, Julien et Jérémy
Hallucinez - L'asso Les Films de la Lymphe existe depuis plus de 3 ans maintenant. Comment votre aventure a t-elle commencé ?
JD - L'asso a été créée le 12 janvier 2000 par un noyau dur d'une dizaine de personnes, dont beaucoup étaient étudiants en fac Arts du Spectacle de Poitiers. En fait, notre équipe préexistait déjà, nous avions déjà tournés 3 moyens métrages et des films très courts en 8mm Vidéo. Les cours nous semblaient trop théoriques, ce qui nous a poussé à créer une structure nous permettant de pratiquer réellement la vidéo. Et puis le projet Digital Vampires nous a motivés pour former un groupe plus structuré et plus officiel. Depuis, l'équipe s'est agrandie et compte aujourd'hui 23 adhérents avec un noyau actif d'une quinzaine de personnes, des autodidactes pour la plupart. Chacun a naturellement trouvé sa place, que ce soit à la réalisation de son projet personnel ou à un poste précis sur les films des autres, selon sa spécialité.

Vous faites également partie d'un collectif vidéo à Poitiers ...
BD - Oui, nous sommes en relation avec d'autres associations. Le Kollectif Vidéo a d'ailleurs été créé dans ce sens sous la tutelle du Carré Images, une asso Poitevine, pour faciliter les contacts entre les vidéastes du monde associatif de Poitiers. Poitiers Jeunes, une autre asso, nous apporte également un soutien logistique et administratif. Concrètement, on peut par exemple y imprimer nos affiches, nos flyers, ou des feuilles de script.
On vous croise souvent lors des manifestations audiovisuelles de la région ...
JD - L'asso envoie des cassettes dans divers festivals en France et à l'étranger et nous participons régulièrement à des festivals de notre région. Dans la mesure du possible, nous animons la soirée et prenons plus d'initiatives dans la diffusion. Il peut s'agir de festivals non axés sur la vidéo, où la Lymphe peut se retrouver avec une carte blanche, dans un créneau ou dans un lieu particulier. C'est ce qu'on a fait cette année pour Trouver Sonnette à son Pied et Aquarock (NDR : 2 festivals de Poitou-charentes).
BD - Le prochain gros événement pour les Films de la Lymphe, c'est l'organisation d'une soirée de diffusion. C'est un vrai challenge! Cette soirée aura lieu à la Maison Des Etudiants du Campus de la Fac de Poitiers, le 16 octobre prochain. On y diffusera des films courts et des moyens métrages retraçant l'historique de l'asso, et on proposera une expo graphique. En fin de soirée, nos collègues de Ctrl/Alt/Suppr mixeront certains morceaux tirés de nos films et des compos personnelles spécialement créées pour la soirée. Le but de l'opération est de montrer toute la diversité artistique qui émane de notre asso.
Le cycle Digital Vampires est le nerf de votre asso. De quoi s'agit-il exactement ?
JD - Le projet Digital Vampires vise à réaliser un long métrage composé de cinq courts, tous autour du thème du vampirisme. Au fil de l'écriture des scénarios, un background s'est mis en place avec une galerie de personnages, des lieux et des actions-clés, qui sont développés sur les différents films. Au final, chaque film pourra se regarder indépendamment. Mais tous s'éclairent mutuellement et se nourrissent les uns les autres pour former un ensemble cohérent et homogène. On envisage également un remontage complet des 5 films en un unique long métrage, rien n'est encore définitif...
Ce projet implique un grand nombre d'intervenants sur plusieurs années, ça ne vous complique pas la tâche ?
JD - Bien sûr! Un film comme Sodium Babies (un de nos tournages les plus récents) implique plus d'une centaine de personnes. Et l'ensemble du projet DV environ 250, peut être plus. Un jour je ferai les comptes! Mais la difficulté majeure du projet reste le temps de réalisation: sans doute 2 ou 3 années. Et comme la vie continue, certains ont dû abandonner le projet et quitter Poitiers pour de nouvelles aventures. Il a donc fallu veiller à maintenir l'homogénéité entre les films, alors que la réalisation passait de main en main, avec à chaque fois de nouvelles orientations esthétiques et obsessionnelles. Tout ceci implique de longs mois de préparation, mais on tient le bout: Les 2 premiers volets sont finalisés et les 2 derniers sont actuellement en post-prod. Reste l'épisode central, en cours d'écriture.

Vous tournez avec votre propre matériel ?
BD - La plus grande partie de notre matériel provient d'achats et d'investissements personnels. Ce qui nous permet d'avoir quelques caméras à disposition pour tourner entre les différents plateaux. L'asso a aussi investi dans des mandarines pour la lumière et de l'info. Mais on doit parfois emprunter du matos à droite et à gauche pour les tournages plus conséquents. Par exemple, on a dû récemment emprunter 9 caméras pour shooter une photométrie, une séquence de bullet-time. Et comme beaucoup d'autres vidéastes, on fabrique aussi des steady-cams et des dollys artisanales sur tubes PVC. C'est Jérémy qui se charge de leur construction, en collaboration avec Dominique, qui touche en mécanique.
L'atmosphère d'un film de vampires procède souvent en partie de ses décors. Comment les choisissez-vous ?
BD - On choisit nos décors en fonction de l'ambiance désirée. Enfin, on se débrouille comme on peut... Non sérieusement, tout est une question de crédibilité. Un lieu minimaliste soutenu par une belle lumière, des acteurs qui passent à l'image, une bonne réalisation, ça peut donner des trucs super forts à l'image.
JM - En ce qui concerne les décors urbains, il faut reconnaître que nous sommes plutôt bien lotis: Poitiers est une ville à l'architecture majoritairement médiévale autour de laquelle est venue se greffer une autre plus moderne. On peut donc trouver des lieux très différents et créer des atmosphères multiples sans faire des centaines de bornes. Mais pour les lieux plus intimes, on doit souvent tourner chez des amis, dans des bars aux patrons sympathiques, ou demander des autorisations pour tourner dans des lieux comme les locaux de la Fac.
Vous semblez porter un soin particulier à vos bandes-son (The Clone, Amor & Kalys notamment) et vous composez les musiques vous-mêmes ...
BD - Les goûts musicaux au sein de l'association sont très variés et il n'y a pas de ligne musicale définie, si ce n'est un certain penchant pour l'électro. David Couturier et Laurent Donate sont les deux membres de l'asso qui oeuvrent beaucoup dans ce domaine: Ils ont d'ailleurs tous deux édité une maquette de leurs morceaux et espèrent une signature. Mais malgré cette créativité, nous essayons d'éviter les écueils du clip, comme nous retrouver avec des morceaux intéressants mais non appropriés à l'ambiance d'un film. Bien sûr, nous produisons de nombreux clips, mais comme beaucoup d'entre nous veulent réaliser des fictions, on a souvent besoin de musiques s'inscrivant davantage dans l'habillage sonore.
Nos précédents Jeunes Talents l'avaient souligné, le recrutement des comédiens pose parfois problème. Et de votre côté ?
JM - En ce qui nous concerne, le recrutement n'est pas un vrai problème en soi. Il y a la fac, le conservatoire de théâtre, et on n'hésite pas à passer nous aussi de l'autre côté de la caméra... Mais la principale difficulté, c'est que la plupart de nos acteurs potentiels sont jeunes. Parfois un peu trop jeunes pour incarner les personnages qu'on a imaginé. Et quand on raconte l'histoire d'un mec d'une trentaine d'années avec un acteur qui en a vingt, c'est assez difficile d'être parfaitement crédible.

Y a-t-il un film qui vous ait particulièrement marqué ?
JD - Fight Club, de Fincher. J'aime aussi beaucoup les bouquins de Palaniuk.
BD - Bullet Ballet, Testuo 2 de Shinia Tsukamoto pour l'esthétique. Et Fight Club qui m'a mis une bonne claque !
Pour finir, si je vous demandais de décrire le plan de vos rêves, qu'est-ce que vous y verriez ?
JM - Un plan-séquence de 2 heures et demi en mouvement qui ne soit pas chiant et qui raconte une histoire!
JD - Une course poursuite en apesanteur dans une station orbitale immense, sans effet spéciaux: tourné réellement en orbite !
BD - Un documentaire sur un mec taré, qui fait des films en orbite...